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Ma théorie sur la Princesse

Rodney Graham

Main street tree

 

L'autre soir, j'écoutais Princesse,

infirmière guadeloupéenne,

raconter ses pérégrinations dans les hauteurs de l'ile,

pour trouver de la morue

à rapporter à un vieil homme handicapé,

elle était belle, Princesse,

dans sa voiture blanche customisée.

Elle m'a fait penser à une autre princesse,

La Princesse de Clèves, celle qui n'est pas chère à Sarkozy.

 

On croit souvent que l'intrigue du premier de tous les romans,

porte sur la vertu d'une femme,

qui se sentant coupable d'avoir trahi par la pensée son mari,

se croit la cause de sa mort et renonce à l'amour.

Ma théorie, sur la Princesse de Clèves,

porte sur un interdit d'adultère,

imposé par la mère à la fille,

pour éviter la répétition d'un drame qu'elle a vécu jeune fille,

le jour où elle perdit les deux hommes de sa vie,

son mari et son amant, si bien qu'elle prétendit

porter le deuil de l'un en pleurant l'autre.

C'est dit quelque part entre les lignes, à vous de trouver.

La Princesse est donc l'objet d'une transmission transgénérationnelle

et d'un phénomène de répétition, qui lui fait rejouer l'histoire de sa mère,

et cet interdit perdure dans la mémoire collective,

comme un secret qui résiste au temps.

En attendant, voir un peuple se mettre à lire devant le Panthéon

un texte vieux de 400 ans a quelque chose au choix de totalement givré,

ou de sublimement audacieux. Je penche pour la seconde hypothèse.

 

 

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