Par Anthropia
Manif tamoul aux Invalides
Crédit photo Anthropia
Comment parler de ces révolutions,
dont la progression nous est commentée
en direct chaque soir sur nos écrans ?
Avec malaise.
Oh, bien sûr, comme tout le monde,
je me réjouis des visages souriants,
des cris de délivrance de ces peuples en lutte.
Oh, bien sûr, comme tout le monde,
je comprends le besoin de pain et de liberté.
Oh, bien sûr, j'admire la servitude renversée,
la virologie révolutionnaire,
l'internette éradication des potentats.
Mais je ne parviens pas à éliminer un certain mal-être.
D'abord, parce que face à nos manifs pépères,
la grandeur de ces hommes et femmes,
prêts à affronter la mort,
me donne mauvaise conscience.
Eux sont dans la vraie vie,
nous dans la virtualité d'une lutte qui tourne à vide.
Et je me demande ce qu'on vaut,
nous, les enfants gâtés du ventre mou de la démocratie.
Mal-être aussi parce que demain ne rasera pas gratis,
que leurs prisons se rempliront de lendemains qui grincent,
et j'ai peur pour eux, peur des révolutions récupérées
par les bourgeois ou par les barbus.
Mal-être enfin, parce pendant ce temps-là,
les affaires continuent,
celles des médias qui font avec la même énergie
leurs choux gras des révoltes ou des répressions
celles des marchands d'arme, qui comptent leur biffetons,
celles des spéculateurs qui spéculent sur les dettes nationales
comme sur la hausse des matières premières.
Les peuples se font toujours avoir,
pendant qu'ils tentent d'être.
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