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Bribes d'histoire

Robert Gober

Plâtres

Palais de Tokyo

Crédit Photo Anthropia

 

Etudiante en visite chez une amie,

rue Battant à Besançon,

je passe dans une sorte de couloir,

arrive sur une petite cour,

continue dans un deuxième

puis un troisième couloir,

pour arriver sur une de ces arrières-cours cimentées,

l'avant-dernière apparemment.

murs lépreux, sans grâce,

je monte l'escalier.

Sur la porte, un petit mot de l'amie,

la clef est sous le paillasson.

J'entre, dépose mon sac.

Je n'ai pas encore allumé la lumière.

Je ne trouve pas l'interrupteur.

Quand je vois, par la fenêtre,

de l'autre côté de la cour,

un homme mince, la quarantaine.

Il crie, je ne l'avais pas entendu depuis le bas,

une sorte de son rauque, qu'il pousse en continu,

sans se soucier de qui l'entend.

Il tourne en rond, lève les bras,

puis se tape la tête sur une étroite armoire métallique,

seul meuble de la pièce.

L'image du désespoir. Un travailleur immigré apparemment.

Je n'allume pas la lumière, reste immobile à regarder,

ça, la misère humaine, la misère sexuelle,

c'est cela que je comprend à ce moment-là.

Depuis ce jour, je ne peux entendre parler d'un travailleur immigré,

sans l'associer à cette scène.

Cet homme que je ne connais pas,

s'est mis à représenter pour moi tous les exilés,

crevant de solitude dans l'indifférence des villes froides.

 

 

 


 

 

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A
Notre mondeLa photo est certes étrange, le texte très fort et la personne décrite, dans tout ce vécu terrible, oui, je comprends que cela frappe à tout jamais. Et cela me touche de très près. <br /> J'ai découvert votre blog par le biais de Marie-Do.
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