Ségolène Royal a raison
L'urgence bien sûr est de réussir les législatives. Mais après ?
<o:p> </o:p>Il faut préparer la relève, reprendre le pouvoir à la droite. Et pour cela, il faut une candidate capable de nous entraîner vers la victoire.
Car on ne peut nier que François Hollande ait préparé la défaite. Il n'est pas de bon vent à celui qui n'a pas de cap. Tout occupé à colmater les brèches, à écoper le fond du bateau, à rassembler les égos boursoufflés de ses éléphants, son art a consisté au conservatisme le plus strict. Un mois avant la primaire, les sections organisaient le néant-béant, dîners-party avec conférences sur l'histoire du PS, tout sauf préparer sérieusement la suite. Le congrès, anticipé pour empêcher des contributions approfondies. Le projet ? Pondu sur un coin de table par quelques happy few. La bataille contre le présidentiable sortant, rien que de mou et d'insuffisant. Jusques et y compris la communication du PS, par exemple l'Hebdo, qui un mois avant le premier tour, publiait un numéro sans aucune photo de Ségolène Royal, -imaginons si on avait fait cela à Mitterrand ?- ou qui, à la veille du second tour, présentait en Une, Ségolène Royal en caricature, façon de la discréditer. Bref, rien n'a été fait par le Parti et son secrétaire pour gagner la bataille. Alors qu'il propose aujourd'hui de refaire un énième parti godillot ne changera rien. Ce n'est pas d'une nouvelle infrastructure dont on a besoin, mais d'un nouveau leader.
François Hollande n'a pas cette étoffe, cela se saurait. Ségolène Royal, si, on l'a vu durant le débat, n'en déplaise à certains.
Oui; il faut une ambition forte, une farouche détermination pour gagner cette bataille. Il faut bien y consacrer cinq années d'opiniâtre lutte. Ségolène Royal en à peine six mois nous a déjà montré la voie. En une campagne, elle a davantage fait pour la refondation de la gauche qu'en cinq ans son compagnon à la ville, DSK ou Fabius. Démocratie participative, non-cumul des mandats (en vrai pas pour semblant), ouverture au centre (pour dialoguer, pas pour abdiquer ses idées), refondation sociale en remettant le syndicalisme et le dialogue social à sa place majeure dans le pays, recentrage de la gauche sur l'idée de progrès pour l'homme et ses besoins, mais en incitant, en stimulant l'économique, sans l'étouffer, etc.
Ni un néo-libéralisme qui fait l'aumône, ni un gaucho-dogmatisme qui ressasse les vieilles rengaines
Que semblent molles et tièdes les tentatives socio-démocrates d'un DSK, tenant d'un Bad-Godesberg archaïque, qui n'a pas compris que l'avenir de l'homme, ce n'est pas le néo-libéralisme qui fait l'aumône, comme le prôneraient aussi un Rocard ou un Jospin. Que semblent éculées les rengaines néo-dogmatiques d'un Emmanuelli, qui n'a pas compris en profondeur que la nouvelle démocratie est participative, pas conservatrice gaucho-dogmatique. Le service public, la carte scolaire, oui si cela fonctionne, mais un système qui conserve les postes de quelques-uns, qui donne la réussite au bac à quelques autres, ce n'est pas suffisant. Conserver comme des épouvantails à moineaux les vieux horipeaux de la gauche, juste parce qu'ils auraient été inventés à gauche n'a pas de sens, il faut créer des solutions d'aujourd'hui pour des problèmes d'aujourd'hui. Il faut sortir du conservatisme de gauche comme du conservatisme de droite, pour redonner de l'efficace et du sens au socialisme.
Et la solution n'est pas non plus d'un blairisme. Dont on voit qu'il devient un succédané de programme pour Sarkozy, qui tout occupé à se préparer à devenir premier ministre de sa présidence, en avait oublié l'intérêt d'en faire un. Le blairisme dont on peut rappeler que s'il a obtenu un taux d'activité à 72% (contre 62% en France) ne l'a fait qu'à coups de très petits emplois partiels à un SMIC inférieur au SMIC français et qu'au prix de la mise au rancart de 7% de la population active, priée d'aller pointer à la maison du handicap du coin. T'as pas d'sous pour t'acheter un dentier, t'es handicapé, t'es dur à la comprenette en informatique, t'es handicapé. A ce tarif-là, la France qui ne compte que 0,5% de handicapés, verrait son taux de chômage chuter à 2% pour 5% en Angleterre. Rappelons enfin que Blair s'est employé à reconstituer, par un recrutement important de fonctionnaires, une fonction publique victime des coupes claires du thatchérisme. Alors, un blairisme qui met au travail les petits retraités pour qu'ils gagnent plus et fait exploser les prix à Londres est tout sauf une solution socialiste.
Mais une Nouvelle gauche
Ségolène Royal en appelle à une Nouvelle gauche, décomplexée, dé-dogmatisée, mais recentrée sur ses fondamentaux, la valeur humaine, les hommes et les femmes, la satisfaction de leurs besoins, le respect de leur environnement, sans oublier l'économique, à quoi on ne fait plus de procès d'intention car quand on ne compte pas, c'est toujours les pauvres qui trinquent mais qu'on incite plutôt qu'on entrave, qu'on stimule plutôt qu'on étouffe, qu'on dynamise plutôt qu'on contraint.
<o:p> </o:p>Alors pour porter et affiner ce programme, qu'attend-on pour désigner notre prochaine candidate aux Présidentielles ?