• Cliché Anthropia

     Une nouvelle de science-fiction (at work)

    Anthropia

     

    Il était 9h10 quand mon patron m'avait appelé.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Tu arrives ou quoi ? Tu sais qu'on a le rendez-vous avec Solva aujourd'hui, tu te souviens. <o:p> 


    </o:p>
    <o:p>Solva était un client avec qui mon patron voulait conclure un contrat. Et il avait besoin de moi pour l'aider à argumenter.</o:p><o:p>


    Il m'avait surprise au réveil, en général, je mettais une pensée Closing la veille, c'est comme ça qu'on se protège des appels intempestifs de nuit. Je pratiquais un balayage oculaire par EMBR et ainsi j'effaçais toutes mes connexions cérébrales. Si quelqu'un voulait entrer en contact mental avec moi, il pouvait toujours activer le circuit, mes neurones ne répondaient pas, c'était l'effet Closing. Mais hier soir, j'avais oublié.
    <o:p> </o:p></o:p> 


    Mon patron attendait ma réponse. <o:p> </o:p> 


    Je te rappelle qu'on a un embarquement discursif à <?xml:namespace prefix = st1 ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:smarttags" /><st1:metricconverter w:st="on" ProductID="9.30 a">9.30 a</st1:metricconverter>.m.<o:p> </o:p> 

    L'embarquement permettait la mise en réseau instantané de trois ou quatre cerveaux, guère plus, sinon on n'y comprenait plus rien.<o:p> </o:p> 


    Oui, bien sûr, j'ai été retardée, mais j'arrive, je dois activer mon concentrateur, mais je serai à l'heure à l'embarquement.<o:p> </o:p> 


    Je fermai les yeux, coupant le contact avec son flux électrique. J'espérai qu'il n'avait pas eu le temps d'explorer mon circuit Scepticisme durant la minute qu'avait durée la mise en conscience, j'étais vraiment vaseuse ce matin. Mais s'il avait eu l'idée d'aller surfer sur le réseau Scept, il aura eu des surprises. Depuis quinze jours, j'avais une idée en boucle, dont je n'arrivais pas me débarrasser, suite à ma discussion avec Ari. <o:p> </o:p> 


    On avait passé une soirée live avec Ari, une de ces soirées branchées, où les gens se retrouvaient physiquement. On était allé dans le nouvel Espace Chairtime, reconstituant un décor de Maison à Architecture Contemporaine des années 2000. J'aimais bien faire ça au moins une fois par an, et c'est fou ce que c'était insolite, dans un décor blanc, meublé aluminium, de revoir Ari en mode body/eyes, c'était génial. Le sentiment d'interdit, le goût si fort du vin, qu'il avait apporté et qu'on buvait discrètement, depuis l'interdiction du vin rouge, il fallait faire attention, même dans les Live.

     

    Je ne sais pas comment Ari parvenait à se procurer ces produits interdits, mais c'était tout lui, ça.<o:p> </o:p> Avec Ari, je ne savais pas si c'était le musc ou les poils sur le torse, j'étais tout de suite dans l'infra-pensée, en niveau reptilien. Bien sûr, j'avais pris depuis longtemps mes distances avec ces pulsions allergogènes, qui provoquaient des réactions cutanées ou des bouffées d'attachement. Mais j'avoue que j'aimais encore ces rares moments, pour leur côté sauvage, le retour à la nature en quelque sorte, très inconfortable, mais une véritable aventure, le contact skin/skin. <o:p> </o:p> 



    Ari était le dernier homme de son style que je connaissais. Et ce n'était pas que physique. Il apportait toujours un point de vue étrange sur notre pensité : mon patron disait de lui qu'il était le dernier intellologue vivant. Et dans sa bouche, c'était plutôt un compliment. Il pensait sincèrement que des gens comme Ari avaient apporté les concepts de la pensité, que c'était grâce à eux, que l'espèce humaine avait tant progressé, en matière de connexion inter-mentale.<o:p> </o:p> 


    Mais Ari n'aimait pas mon patron et tentait toujours de le discréditer à mes yeux.

     

    Pourquoi tu continues de travailler pour lui, tu sais bien que son discursing contredit ton ethicing, et ce depuis des années. <o:p> 





    </o:p>
    Il avait eu une tête en disant ça, je crus me souvenir du visage de mon père, quand j'étais toute petite, quand nous vivions encore en live et qu'il essayait de parler le vocabulaire nouveau des pensiteurs. C'était toujours un peu à côté de la plaque, les Proférés n'étant pas bien choisis. Et puis discursing et ethicing appartenaient désormais à la préhistoire de notre civilisation. Nous n'en étions plus là.<o:p> </o:p> 

     

    Tu devrais faire la grève du zèle.

    La grève du zèle ?

    J'en avais entendu parler en session Histoform. On disait qu'au vingtième siècle, certaines personnes se rendaient au travail (c'étaient du temps où il y avait encore des bureaux) avec un bandeau noir autour du bras. On disait qu'ils assuraient une présence, mais sans aucun investissement intellectuel.  Ils le faisaient généralement quand ils n'étaient pas contents d'une situation, par exemple quand ils avaient une revendication sociale, qu'ils avaient du mal à obtenir une négociation et n'avaient pas les moyens de démissionner. Un mouvement qui avait commencé au Japon, le droit de grève étant difficile à mettre en place, ils avaient trouvé ce moyen pour montrer leur hostilité sous des dehors cordiaux. <o:p> </o:p> 



    J'avais d'ailleurs vu un semi-rapid, une séquence prise sur le vif en France en 2008, dans un magasin rempli de livres, cela s'appelait la FNAC, je crois, où on voyait une femme, accompagnée de son fils, demander un bouquin à un vendeur. <o:p> </o:p>Je voudrais un livre sur la réflexothérapie faciale. <o:p> </o:p>Le vendeur -dont le Non-dit indiquait qu'il faisait la grève du zèle- chercha la référence et ne trouva pas. Et au lieu de chercher sur la base, il resta sur son siège en disant qu'il ne trouvait pas, sans même accompagner la femme dans les rayons. Alors, la femme retourna voir sur les étagères et trouva le livre, qui s'appelait en fait la Réflexologie faciale, un mot proche. Elle le montra à son fils en faisant un commentaire amer sur le vendeur. <o:p> </o:p>Le fils se retourna, et on voyait, dans la scène, son Non-dit se transformer en Paroles sur les lèvres. <o:p> </o:p>Pour ce qu'il est payé, c'est normal qu'il ne se donne pas de mal. <o:p> </o:p> 



    C'était cela qu'on appelait la grève du zèle, une sorte de résistance passive, où les gens en faisaient le minimum, sans s'impliquer.  Même la mère, dans le semi-rapid, a l'air étonné des paroles de son fils. Je pense que la conscience de grève du zèle n'était pas très développée, même à l'époque.<o:p> </o:p> De toutes façons, de nos jours, Ari, avec le travail à pensée distante, ça n'est plus possible, un patron s'en aperçoit tout de suite si on n'est pas impliqué.<o:p> </o:p> 

    C'est là qu'Ari avait semé le doute dans mon circuit Scepticisme. <o:p> </o:p> 


    Mais tu connais la nouvelle technique Aliassyn, non ?<o:p> </o:p> 

     

    Aliassyn ? Non, jamais entendu parler.<o:p> 




    </o:p>
    C'est un circuit synoptique intégral, qui fonctionne sur le principe des récepteurs-miroirs. Le patron se connecte, mais tombe sur l'Alias, pense fonctionner avec le vrai cerveau, en fait il est sur un circuit non-contributif, qui réagit aux Proférés, aux consignes, mais sans donner aucune créativité. En fait, il va glaner quelques mots sur le circuit Language de l'autre et les retourne en miroir. C'est une parade impeccable, quand on veut dormir le matin ou passer la journée avec son petit ami. Et il y a peu de patrons qui s'en aperçoivent. <o:p> </o:p> 


    Parce qu'on peut s'en apercevoir ? <o:p> </o:p> 


    Oui, si le patron est attentif, il se rend compte qu'il n'obtient aucune valeur ajoutée de l'autre. En quelques questions-tests, il peut se rendre compte de la technique du Reformuling et s'apercevoir du Manque-conscience. Mais ne t'inquiète pas, le tien ne se rendrait compte de rien, il est tellement vaniteux.<o:p> </o:p> 


    Et cette idée avait fait son chemin. Mon patron ne se rendrait compte de rien, je le mettrais devant mon cerveau-miroir, il croirait être en discussion avec moi et en fait il ne converserait qu'avec un artefact, qui connaîtrait tout de moi, saurait répondre les choses adaptées, sans aucun effort de ma part. <o:p> 




    </o:p>
    Je décidai de me renseigner sur Aliassyn.

     

     

     

     


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