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  • le houx, le gui dansent à Noël

     

    I rouge disait Rimbaud,
    mais le gui est à fruits blancs
    O bleu,
    et le houx est à fruits rouges,
    et on s'embrasse sous le gui blanc
    quand le houx rouge aurait été tellement plus entraînant.

     

     


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    Bouts de rien : to travel light

     

     

     

    To travel light, toujours aimé cette expression, pas spécialement pour le voyage, pour la vie,

    mais les années passées avaient encombré le paysage, écluser la maison parentale s’est terminé à la maison, trier les archives, et puis finir la déco et entamer ce travail de patience que sont les finitions d’un appartement,

    et au moment où s’y mettre, une tuile qui occupe six mois de vie,

    heureusement qu’il y a eu ce chantier de printemps et d’été qui prend bien la tête, des todolists de plusieurs kilomètres, l’apprentissage si brutal à l’âge adulte du sens de l’organisation a été utile, parce qu’il en faut pour voyager léger, dans la vie et dans la tête.

    Pour le reste, la vie continue, c’est ça, elle continue.


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    Suis née dans une petite ville industrielle, à fa ible distance des algécos de célibataires, autant dire que dès potron-minet quand on allait à l’école, les frôlements faisaient partie du paysage, souvenir de mon hurlement dans la rue, un soir tombé tôt, quand deux types sont sortis brusquement de leur voiture arrêtée au stop en bas de la rue du Crépon et m’ont adressé la parole, me faisant des avances sans ambiguïté, j’avais à peine douze ans. Ce qui fait que je n'ai jamais vraiment cru à l'alibi de ma séduction expliquant les avances, on ne me draguait pas pour mes seins ou mes hanches, je n'en avais pas à cette époque, ou parce que j'étais jolie, mais juste parce que de sexe féminin dotée d'un trou. Plus tard dans la rue à Paris, j’ai connu les maçons siffleurs, les hâbleurs de marchés, la rue Monge poursuivie par un inconnu qui voulait, et cette attente dans le train de la Gare Saint-Lazare où tout à coup ai aperçu le slip d’un homme dévoilant son organe dressé par la fenêtre du train en vis-à-vis, là, j’avais dix-huit ans, mémoires d’une jeune fille ordinaire dans notre belle société française.

    Quand je suis arrivée en Allemagne, la première sensation, ça a été le silence de la rue, me sentais libérée d’un poids et ne savais pas pourquoi. Pourtant je fréquentais Ludwigshafen, ville de la Ruhr, et d’autres usines à Mannheim, peu à peu ai compris que ce qui changeait était le regard des hommes, neutre, le niveau de décibels harceleurs avait nettement diminué, sauf peut-être dans certains quartiers, le long de chantiers, d’où j’en ai conclu que le harcèlement de rue était plutôt latin, qu’il y avait des hommes comme çi ou comme ça.

    Jusqu’au jour où les Wirtschaft Ingenieur de la BASF à qui je donnais des cours de français sont rentrés de leur premier séjour au Brésil, et là j’ai compris qu’il suffisait d’une autorisation culturelle pour qu’un homme même élevé à l’allemande se transforme en hidalgo aux yeux de braise, s’autorise des avances, retourné en latin en un aller-retour à Rio.

    Alors, ce matin, quand ce type dans la rue m’a fait du rentre-dedans, proposant ses services en mimant, je n’ai pas pensé à la couleur de sa peau, juste à cette anecdote allemande, et une fois de plus, ai détourné le regard et traversé la rue. Et j’étais en colère qu’il faille encore, à nouveau, pour la énième fois, sempiternellement,  baisser la tête, me déporter à distance, céder face au genre dominant.

    En rentrant ai partagé ça avec ma voisine Lucie, soixante-quinze ans, qui m’a raconté son dernier harcèlement aux Galeries Lafayette, il y a quelques jours. Me suis demandée à quel âge on devient enfin invisible dans la rue, quand on est une femme, invisible, c’est-à-dire libre de regarder, de sourire, de marcher, d’ « envisager », juste ça, ne pas craindre la rue du fait d’être une femme. Et me dis que nos années de féminisme n’ont pas servi à grand-chose si quarante après, on se fait encore emmerder.


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  • crédit photo anthropia # blog

     

    Face à la peur de ne pas arriver, ce rocher d’Anchorage, toujours déceptif, que je pousse depuis deux années (prononcer comme mon grand-oncle d’Aigues-Mortes, « zan-nées », ça rassure tout de suite l’accent du sud dans la phrase), l’inspiration se fait détourner ou se bat en duel avec des fragments de réalité, tout est urgent, finir le texte, mais aussi récupérer mon permis de conduire dont le cours a été interrompu, la photo d’identité n’était pas conforme (avec frange et cheveux sur les oreilles, ça ne va pas, ça doit être ça la raison, parce qu’à la Préfecture au guichet, n’avaient rien remarqué, et quand je demande au téléphone, on me dit juste de faire une photo conforme et de revenir faire la queue (ici)), ça tombe bien, je n’avais pas prévu de périple cet été, juste terminer, m’enfoncer dans les aubes pour aller au bout, mais ça cogne, la jambe, après moultes examens, je n’ai rien à la jambe, juste des bleus qui remontent lentement de l’os à la surface de la peau, bobologie mais qui dure depuis bientôt trois mois, pénible, et puis finir les travaux maison, la petite chambre, tout ça en épargnant parce qu’il me faut un nouvel appareil photo, le Canon s’est cassé dans la chute, rien de grave, les aléas de la vie, mais qui me retardent, cassent le rythme très spécial d’écrire, ce ralentissement du temps nécessaire à l’entrée dans la nuit des mots, pourtant un petit cadeau en passant, Dominique Hasselmann m’a proposé de faire un échange de textes pour les Vases Communicants, à sa manière simple, sympa, directe, et j’ai accepté, le thème me plaisait bien, on a fait malgré tout, DH devait partir aujourd’hui, et c’est prêt depuis avant-hier, à sortir le 1er août, mais voilà, deux jours pour autre chose que le main text, en même temps, suis rassurée, suis venue à bout de ce maudit « temps de l’écriture » que je ne savais où placer, lui ai réglé son compte, et puis les dialogues sont en place sur toute la première partie du roman, une toute petite hésitation encore, les plaquer comme une fausse note, une irruption d’acide qu’on ne sait pas nommer, ou les fondre dans la phrase les réservant au lecteur vigilant, j’aime bien la première formule, qui crée un microclimat dans le récit, il court sur onze pages déjà et ça tient, en lien avec la poursuite sur l’autoroute, mais qui tout aussi bien pourrait être un entretien dans le temps de l’écriture, indécidable, ça qui sonne bien, reste l’accrochage des wagons suivants, des développements sur Le Solitaire, la scène de la pêche, celle du saumon, mais il faut faire monter crescendo pour justifier la métamorphose, je dois donc articuler avec le retour à la pêche.

    En fait le «  solo de jazz », mot que quelqu’un a utilisé pour un autre texte, je le reprends pour Anchorage, arrive à son moment d’impro vocale, cet instant où on se quitte soi-même de vue (conscience), les notes s’envolent, montée de l’adrénaline, sur un mode «  transe », forcément des moments où on est moins stable émotionnellement, plus fragile devant les critiques, cette danse en équilibre sur le fil, peur, là pas de main tendue, mais n’en ai pas besoin, pour le texte je sais où je veux aller, peur de ne pas l’écrire aussi bien que souhaité, quoi que je fasse, me renvoie toujours à la honte, me contenterai d’aller repiquer quelques morceaux déjà écrits, le ferai en partie, mais déjà lâché la rampe, pas trop sereine mais improviserai.

     

     

     

     

     


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