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    back to b un jour la barrière prend l'allure orange de l’antirouille on y grimpe on se penche pour voir plus loin brouhaha le pays des ouvriers retentit du même quelque chose vu au journal télévisé un homme sur les toits d'une université et ici les hommes à casquettes militant au carrefour juste au pied du Crépont on n’a pas l’âge de quitter l'allée juste de regarder ils s’approchent et murmurent dis petite donne-nous du tissu de coton blanc dis petite donne-nous les bouteilles vides qui traînent dans ta cave et on s’exécute il s’agirait d’une opération naïve l’apprentissage vient par les pieds dit Sebastian Haffner on apprendra plus tard mais ici on découvre les préparatifs d'un feu de barricade on obtempère puis on se retient quand ils demandent de l’essence on devine Molotov irruption du réel jadis feux de Bengale bombardiers les corps la terre ravagée alors ça cogne on fait non de la tête mais le soir on frémit de savoir que l'un d'entre eux est mort quelque part dans la ville cette seconde à treize ans quand on se reconnaît politique mais du lointain continent de la non-violence une Inde inspirante on déclare ce jour-là ne vouloir jamais de ces guerres des hommes


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    parmi les événements qu'il nous arrive combien résonnent comme coïncidences très peu mais ce sont ceux-là sur lesquels on s’empresse de projeter notre appétit de sens après qu’on a enterré dieu que la coïncidence serait la surface qui dit notre angoisse et notre envie de réparation que la simple existence du mot ouvre au monde de la nécessité de croire et qu’à cet endroit ne peut répondre qu’une respiration profonde une sourde allégresse tendant vers le réel une renonciation à prendre l’aléa pour le vrai le méandre pour le fleuve transitoire lacet qui ne dévie pas la flèche générale on y perd un peu de notre temps mais on peut toujours la laisser sur le bord du courant bornant le trajet de nos mûrissements


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    M’étonnais de ne pas la voir tous ces mois devant le Franprix, une vieille Rom l’avait remplacée, franchement ça n’était pas pareil, et ce matin, qui vois-je sur le trottoir, bien habillée d’un blouson de cuir noir, revenue s’asseoir sur le petit débord de béton devant la boulangerie, Mina.

    Tu étais partie en Roumanie ?

    Non, la police avait détruit ma cabane.

    Tu as trouvé où aller ?

    Oui, est allé à Alloche.

    Tu veux dire à Loches, à côté de Tours ?

    Oui, c’est ça, à côté de Tours.

    Elle sourit, toute contente que je l’aie comprise, et que oui, Tours lui dit quelque chose. En fait, elle parle mieux, avec davantage de vocabulaire. Elle m’explique qu’une femme rencontrée dans le quartier l’avait emmenée chez elle, dans sa maison en Touraine, elle travaillait, une notable, je tairai le métier par souci de discrétion, et Mina tenait la maison, lui préparait ses repas. Elles ont inscrit Robert à l’école juste en face de la belle maison et la vie est allée ainsi plusieurs mois. Mina en parle avec des lumières dans les yeux, un beau séjour. Et Robert était si content de son école.

    Mais tu es rentrée ?

    Oui, on a eu une nouvelle cabane à Sarcelles. Mais on était triste, on a pleuré, Robert avait des larmes, elle montre du doigt une larme imaginaire glissant sur sa joue, il aimait bien la dame.

    Mais pourquoi tu es rentrée alors ?

    Maintenant, on a une nouvelle maison, c'est bien.

    Je n’en saurai pas davantage. Quelque chose de nécessaire avait déclenché leur retour ici, avoir son chez-soi, peut-être juste ça. Qu'une cabane précaire serait préférable à un grand chez les autres et loin de ses amis. Peut-être ça, la cause du retour. Et qu'un délai de trois mois serait la limite au-delà de laquelle on risque de perdre les liens avec ses proches, sans doute aussi s’oublie l’habitude de se débrouiller seul dans la ville et que la domesticité, ça ne faisait pas son affaire. Elle a ajouté que le mari était reparti en Roumanie, d’un air si visiblement soulagé, que j’ai ajouté « bon voyage » en faisant un petit signe. Elle a ri. J'ai remarqué alors que sa cicatrice sur le front –souvenir de l’époux au couteau– avait presque disparue.

    Mina repart, que ça se mesure dans le sourire, dans le visage reposé, dans la conversation de tout, de rien qui se prolonge, la ligne droite d’une liberté retrouvée, d’un confort aussi, la cabane est très jolie, et quand elle le souligne, me monte au nez la senteur de sapin des planches équarries.


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    la tartine n’est pas beurrée au petit déjeuner de l’enfance on écope l’eau de rien on est hésitant dans le paysage d'usine la sculpture qu’on a en soi est ébranlée on n’a que la main raide dans le gant de veau mais on s'appuie sur l'humour d'un regard qui insiste même à découvert à pied sec sur la grève le doute mais jamais complètement qu'un Proust nous retourne le cheval en chemin de Damas on peine rien n’est acquis on va piètre mendiant pauvreté de nos syllabes chaque jour la liste de nos mots les tentatives sempiternels aveux d’incertitude jusqu'à la muraille où se cachent nos clés et nos poires pour la soif on finit toujours par y trouver la source et on repart


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    on ne les compte jamais sur le fil, parfois un compteur y suffit sur la ligne, on les aime pour leur liberté, même si dans le poème elles résistent à Ponge ou s'effleurent en comptine d'une Louise, quand d'un repli de l'aile elles basculent ne laissant au regard que ce profilé du vol qui fuit à l'horizon, elles deviennent écriture, juste un délié, mais leur encre jamais ne s'assèche, plongeant d’un toit imaginaire on leur voit des traces dans la neige, faudrait leur mettre des moufles aux hirondelles un cache-nez un manteau les emmitoufler pour les protéger mais sans cette grâce d’éphémère que quelque plume abandonne qu’aurait la phrase pour durer.

     

    (Archive 2014)


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