• la nature, ça n'existe pas, l'environnement non plus, ça ne nous entoure pas, on est dedans, alors quoi, quel mot pour dire la symbiose ou l'ostranéité, deux sentiments qui nous occupent quand on vit là où les premières fleurs du pêcher de vigne, le parfum des daphnés qui s'entête, le tracé en huit des abeilles, le récit matinal du merle, la crainte d'une tempête, le dard d'un arc-en-ciel qui vient frôler la terre, on ne se vivra plus passager clandestin, on devient jardinier, soi, faune et flore, dans le même paysage


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  • donne ta main, approche-toi, les corps se rapprochent, on dit danse de salon, on devrait dire Je t'aime, du regard on se touche et sur le son on bouge, le corps-à-corps transforme le face à face en dyade, cet instant où s'oublie qu'on est un, qu'il est autre, fusion des chaleurs, cette légère transpiration des sens dans l'espace où ne vit que l'impact des peaux, danser nus près du lit, ce sont prolégomènes à la métaphysique à venir, nous devient l'écriture, son ombre sur le mur


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    On avait compté les régressions, jour après jour, on percevait l’écart, la toujours plus grande difficulté à ce qu’un dire fasse corps pour tous, chacun criait dans sa cité, on l’avait senti. Mais tout à coup, notre multitude est prise au lasso de quelques-uns ; on sentait que d’eux viendrait le pire, peut-être « mal » est le mot pour dire. Alors, notre échappée, jardin, maison, librairie, prend désormais le sens qu’on n’aurait su plus tôt deviner, ou qu’on a au contraire trop bien pressenti, la nécessité non de fuir mais de rejoindre les vignes, les forêts, d’œuvrer dans le huis-clos des travaux et des jours, en respirant la terre, en écoutant le carillon sonner le lieu serein.    


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    nur Licht, seulement la lumière, seule l’huile pure de la lampe permet d’éclairer, chacun regarde  sur ses ongles les reflets de la flamme et croit qu’il la détient,  mehr Licht, a dit le poète, davantage de lumière, et soi avide de s’en nourrir ; délicate à l’aurore, elle n’est plus qu’écrasement au soleil de midi, l’envie d’en réchapper, après tant la vouloir, on finit par la craindre ; cerne la vérité, puis l’échauffe, la dilue, jusqu’à ne plus montrer, alors on la fréquente comme un vieux rendez-vous et son remerciement


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    de l’art de le choisir quand il devient trapu, de le déshabiller pour n’en voir que le tronc, de le nouer ensuite, le nœud caché dedans, sous la triple épissure, que le bambou serait un art, une métaphore, un monde entier en soi, ses accommodations, qu’il emmène rêver, qu’il donne à s’échauffer, jusqu’aux pousses qu’on déguste, et derrière la matière la trace d’une Asie


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